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Univers Bébé

Signer avec bébé : pourquoi cette méthode séduit les parents (et comment débuter)

En bref : Signer avec bébé, c’est associer un signe emprunté à la LSF au mot que l’on prononce, avec un enfant entendant, dès 6 mois environ. Le tout-petit exprime faim, soif ou besoin de bras avant de savoir parler : moins de pleurs de frustration, plus de complicité. À Caen, ou à domicile, Mathan Family propose des ateliers pour débuter.

AGAmandine Guyonneau· Praticienne bien-être périnatale
9 min de lecture
Parent faisant le signe lait avec son bébé, méthode enseignée en atelier Signer avec bébé à Caen
Sommaire (6)

Il est 18 h 40, bébé hurle en pointant vaguement le plan de travail, et vous sortez tout : l’eau, la compote, le doudou. Raté, c’était le lait. Des scènes comme celle-là, toutes les familles en connaissent. Signer avec bébé est né exactement pour ça : donner à un tout-petit le moyen de dire ce qu’il veut avant de savoir le prononcer.

Pourquoi signer avec bébé ?

Parce qu’entre 6 et 18 mois, un bébé comprend beaucoup plus de choses qu’il ne peut en dire, et ce décalage produit des pleurs de pure frustration. Signer avec bébé consiste à associer un signe issu de la langue des signes française (LSF) au mot que l’on prononce : vous dites « tu veux du lait ? » en faisant le signe lait, tous les jours, aux mêmes moments. Vers 8 à 12 mois, la plupart des bébés se mettent à reproduire leurs premiers signes. Et là, tout change à la maison.

Une précision qui compte. La méthode s’adresse aux bébés entendants et ne prétend pas enseigner la LSF, qui est une langue complète, avec sa grammaire propre. On parle toujours en signant. Le geste soutient la parole, il ne la remplace pas.

Ce que les parents constatent en quelques semaines :

  • des pleurs de frustration moins fréquents, parce que bébé se fait comprendre ;
  • une complicité nouvelle (le premier signe déclenche la même fierté qu’un premier mot) ;
  • un enfant qui se sent écouté, donc plus posé dans ses demandes ;
  • au passage, un vrai travail de motricité fine, pince pouce-index comprise.

Une maman d’Hérouville-Saint-Clair racontait en juin dernier que sa fille de 11 mois avait signé « encore » à la fin d’une comptine, des semaines avant son premier mot. Ce genre de bascule arrive vite. Et elle marque durablement.

D’où vient cette idée ?

Des États-Unis. Dans les années 1980, deux chercheuses de l’Université de Californie, Linda Acredolo et Susan Goodwyn, observent que des bébés inventent spontanément des gestes pour se faire comprendre. Leurs travaux, menés ensuite auprès de centaines d’enfants, posent les bases de la communication gestuelle associée à la parole. La France s’y met dans les années 2000, en puisant dans la LSF plutôt que dans la langue des signes américaine. Vingt ans plus tard, la pratique est entrée dans les crèches, les RPE (relais petite enfance) et les salons des jeunes parents. Le programme des 1000 premiers jours insiste d’ailleurs sur un point qui rejoint la méthode : parler beaucoup à son bébé, dès la naissance, nourrit son langage. Bref, la pratique a quitté la marge pour entrer dans les mœurs.

À quel âge commencer, et comment s’y prendre ?

La fenêtre confortable se situe autour de 6 mois, quand la motricité fine décolle. Mais il n’existe pas de date butoir, et c’est une bonne nouvelle.

Âge de bébé Où il en est Ce que vous pouvez faire
4 à 6 mois Il observe et mémorise, sans reproduire Signer les mots du quotidien pour prendre le pli
6 à 8 mois La coordination des mains s’installe Introduire 3 à 5 signes, toujours les mêmes
8 à 12 mois Premiers signes reproduits, souvent « encore » ou « lait » Répéter, célébrer, élargir doucement
12 à 18 mois Bébé combine signes et premiers mots Suivre ses centres d’intérêt (animaux, bain, jeux)
18 à 24 mois La parole prend le relais Laisser les signes s’effacer d’eux-mêmes

La règle d’or tient en une phrase : on prononce le mot en même temps que le geste, dans une situation réelle, et on recommence chaque jour. Pas besoin de caler des séances de travail à la maison ; le repas, le bain et le coucher offrent déjà dix occasions quotidiennes.

Un papa de Moult est arrivé en atelier au printemps, persuadé d’avoir raté le coche avec son fils de 14 mois. Trois semaines plus tard, l’enfant signait « fini » à chaque repas. Commencer tard reste commencer.

Petit groupe de parents apprenant à signer avec bébé lors d’un atelier à Caen
En petit groupe, chaque geste est corrigé en direct.

Est-ce que la langue des signes bébé retarde la parole ?

Non, et comme cette objection revient à chaque première séance, autant y répondre franchement. Les études disponibles, à commencer par celles d’Acredolo et Goodwyn, n’ont pas mis en évidence de retard de langage chez les bébés signeurs ; plusieurs pointent même un vocabulaire oral un peu plus riche, sans que la recherche mesure précisément l’ampleur de cet effet. La logique se comprend : on signe toujours en parlant, donc l’enfant entend autant de mots qu’avant, servis avec un indice visuel en bonus. Et le signe disparaît de lui-même quand la parole devient plus rapide que le geste, en général entre 18 et 24 mois.

Restons honnêtes sur les limites. Signer avec bébé n’est ni de l’orthophonie ni un programme d’apprentissage précoce, et personne de sérieux ne vous promettra un enfant « en avance ». Si quelque chose vous inquiète (peu de babillage, pas de réaction aux bruits, aucun mot en vue vers 18 mois), le bon réflexe est d’en parler à votre pédiatre ou à la PMI. Un atelier ne remplace jamais cet avis.

Les 5 premiers signes pour débuter

Inutile d’en apprendre trente d’un coup. En atelier, Amandine conseille de démarrer avec cinq signes, répétés au quotidien :

  1. Lait : le poing tire deux fois sur l’index, cela symbolise la traite d’une vache. Le préféré des bébés allaités comme des biberonnés.
  2. Manger : la main en forme de bec de canard tape deux fois sur la bouche. À faire juste avant chaque repas.
  3. Encore : le bouts des doigts d’une main en angle droit tapotent deux fois sur la paume de l’autre. Le premier signe reproduit dans la majorité des familles.
  4. Dormir : la main à plat avec le pouce ouvert se pose contre la joue, la tête s’incline. Précieux pour repérer la fatigue avant la crise.
  5. Câlin : les bras se croisent sur la poitrine, poings serrés, le buste se balance légèrement Celui qui fait fondre tout le monde.

Trois signes utilisés tous les jours valent mieux que trente appris un dimanche. En clair ? Choisissez ceux qui collent à vos journées. La suite logique se trouve dans les 10 premiers signes à apprendre avant 18 mois, avec le geste exact pour chacun.

Et dans le Calvados, comment débuter concrètement ?

L’engouement est réel ici aussi. Dans un département de 711 000 habitants (INSEE, 1er janvier 2025), les crèches et les RPE de Caen, de Lisieux ou du Pays d’Auge intègrent de plus en plus les signes dans leur projet pédagogique, et les parents suivent. Une micro-crèche des environs de Lisieux a par exemple ajouté trois signes aux transmissions du soir au printemps dernier ; plusieurs familles s’y sont mises dans la foulée.

Pour apprendre avec un vrai retour sur vos gestes (une vidéo ne corrige pas une paume mal orientée), le petit groupe reste imbattable. À Caen ou à domicile, Amandine, praticienne Mathan Family, anime l’atelier Signer avec bébé en cycle de 3 séances de 45 minutes, pour 60 € le cycle complet ; une formule individuelle de 3 séances de 30 minutes existe aussi, à 120 €, jusqu’à votre domicile. Tout est détaillé dans le programme détaillé de l’atelier à Caen, avec tarifs et inscription.

Envie de voir votre bébé vous « dire » lait avant de savoir le prononcer ? La session de rentrée ouvre en septembre à Caen, en petit groupe. Réservez par téléphone ou par WhatsApp si vous préférez poser vos questions d’abord.

Bon à savoir

Questions fréquentes sur ce sujet

À partir de quel âge peut-on signer avec bébé ?

Vous pouvez signer dès la naissance, puisque c’est vous qui produisez les gestes. Bébé, lui, observe pendant des mois avant de reproduire ses premiers signes, le plus souvent entre 8 et 12 mois. La période la plus confortable pour débuter se situe vers 6 mois, et rejoindre un atelier garde son intérêt jusqu’aux 2 ans de l’enfant.

La langue des signes bébé retarde-t-elle la parole ?

Non. Les signes s’ajoutent toujours à la parole, jamais à sa place : bébé entend autant de mots qu’avant. Les travaux d’Acredolo et Goodwyn n’ont observé aucun retard, plutôt une petite avance de vocabulaire chez certains enfants signeurs. En cas de doute sur le langage ou l’audition, l’avis du pédiatre reste la référence.

Faut-il connaître la LSF pour commencer ?

Pas du tout. On emprunte à la LSF une vingtaine de signes du quotidien, sans la grammaire ni la syntaxe qui en font une langue à part entière. N’importe quel parent les mémorise en quelques semaines. Une seule exigence : la régularité. Un signe montré une fois par semaine ne sera jamais repris par bébé.

Combien de signes faut-il apprendre ?

Cinq suffisent pour démarrer (lait, manger, encore, dormir, câlin), une vingtaine couvre la quasi-totalité du quotidien. Les familles les plus motivées montent à trente, avec les animaux, le bain ou la musique. Mieux vaut peu de signes utilisés à chaque occasion qu’un grand vocabulaire sorti de temps en temps.

Et si mon bébé ne signe jamais ?

Ça arrive, et ce n’est pas un échec. Certains enfants observent sans reproduire, puis passent directement aux mots. Le bénéfice existe quand même : vous avez ralenti, capté son regard, verbalisé davantage. Continuez tant que l’exercice vous plaît, sans jamais forcer la main de bébé, au sens propre comme au figuré.

Prestation associée

Atelier Signer avec bébé dans le Calvados

La langue des signes adaptée pour communiquer avant la parole